Internet regorge d’images idylliques : des enfants qui apprennent à travers la nature, cuisinent au lieu de cours de sciences et vivent leur chemin vers la connaissance. C’est l’idée centrale du unschooling, une méthode d’enseignement à domicile qui supprime le programme et permet aux enfants d’apprendre en fonction de leur propre curiosité. Mais à quoi cela ressemble-t-il réellement et que se passe-t-il lorsque ces enfants grandissent ?
Le débat autour de la non-scolarisation est féroce. Certains y voient la forme la plus pure d’éducation dirigée par les enfants, tandis que d’autres craignent qu’il s’agisse simplement d’une négligence déguisée en liberté. La vérité, comme pour la plupart des choses, réside dans la nuance.
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De l’isolement à la résilience : le côté obscur de la non-scolarisation
Pour certains, la déscolarisation n’est pas un choix, mais la conséquence d’un isolement extrême. Calvin Bagley, auteur de Caché dans le bus scolaire, a grandi dans un foyer religieux strict où l’éducation était, au mieux, minimale. « Nous nous cachions du bus scolaire tous les matins parce qu’on nous disait que l’école était mauvaise », se souvient-il. Son enfance n’était pas une question de liberté ; il s’agissait de contrôle et de privation.
Le résultat ? Des cicatrices profondes, mais aussi une résilience inattendue. Bagley a découvert qu’il avait développé un instinct de survie brut. “Quand tu dois tout comprendre par toi-même, soit tu te casses, soit tu te bats.” L’université était brutale : « Chaque cours me semblait être une nouvelle langue que je devais apprendre à partir de zéro. » Pourtant, le manque d’éducation formelle lui a appris l’ingéniosité. “Cela ne m’a pas préparé académiquement, mais cela m’a rendu débrouillard. Quand on grandit en devant faire fonctionner les choses avec rien, on développe une intelligence de survie.”
Bagley ne répéterait pas son expérience. “Ma version n’était pas la liberté, c’était la captivité.”
La liberté avec des fondations : une approche plus équilibrée
L’histoire d’Amanda Schenkenberger est différente. Sa déscolarisation impliquait des tâches ménagères, du travail dans un ranch, mais aussi beaucoup d’espace pour la curiosité. Elle pense que cela a favorisé la conscience de soi. “La déscolarisation m’a appris comment j’apprends le mieux.”
La transition vers le lycée n’a cependant pas été facile. “Personne ne m’a appris à rédiger un essai ou à organiser clairement mes pensées. C’était un manque de compétences que j’ai dû surmonter.” Malgré cela, elle s’est épanouie sur son lieu de travail, où son éthique de travail se démarquait.
Aujourd’hui coach d’école à domicile, Schenkenberger plaide pour une approche plus structurée : “Nous nous concentrons sur les mathématiques, les arts du langage, les sciences et les études sociales. Nous accordons suffisamment de temps pour jouer… mais nous donnons également la priorité à l’écriture et à la communication. C’est cet équilibre – la liberté avec une base – qui aide notre école à la maison à prospérer.”
Les experts donnent leur avis : curiosité, structure et connexion
La déscolarisation n’est pas nouvelle. Elle trouve ses racines dans les réformes éducatives des années 1960 et 1970, popularisées par l’éducateur John Holt, qui soutenait que les enfants apprennent naturellement si les adultes n’interviennent pas. Kirsten Horton, une éducatrice expérimentée dans différents modèles scolaires, explique : « La déscolarisation supprime le programme formel, permettant à l’intérêt de l’enfant de guider l’apprentissage. »
Bien que cela puisse susciter la motivation et l’indépendance, Horton prévient que tous les enfants ne s’épanouissent pas sans structure. “Certains peuvent avoir du mal à déployer des efforts soutenus ou à s’autoréguler.” La clé est l’équilibre. “Les enfants apprennent mieux lorsque la curiosité, la structure et la connexion coexistent.”
Ce que la recherche montre (et ne montre pas)
Le chercheur en éducation Curby Alexander note que les recherches sur les effets à long terme de la non-scolarisation sont limitées, mais les premiers résultats sont mitigés. Des études suggèrent que 83 % des répondants non scolarisés fréquentent une école postsecondaire, souvent avec des avantages liés à l’autonomie et à une soif d’apprendre.
Pourtant, Alexander n’est pas convaincu que la non-scolarisation évolue. « Peut-être que cela fonctionne parce que cela implique un petit nombre de personnes… Ce sera toujours une option pour certaines familles, mais pas pour tout le monde. » Il cite l’exemple d’un enfant qui a appris à lire grâce à Minecraft, prouvant que la motivation stimule l’apprentissage en l’absence de restrictions imposées.
Le changement culturel : sens et flexibilité dans l’éducation
Cindy Chanin, fondatrice de Rainbow Education Consulting, estime que la montée de la non-scolarisation reflète un changement culturel plus large vers un sens et une flexibilité dans l’éducation. « La déscolarisation est ancrée dans la conviction que la curiosité d’un enfant peut être une boussole. »
Lorsqu’elle est soutenue de manière réfléchie, affirme-t-elle, elle peut nourrir la motivation intrinsèque. La clé est l’intentionnalité. « Les adultes doivent créer un environnement qui favorise l’autonomie sans laisser les enfants se sentir à la dérive. » Chanin voit des étudiants non scolarisés s’épanouir dans des domaines créatifs ou entrepreneuriaux, à l’aise pour tracer des chemins non conventionnels.
En fin de compte, elle ne plaide ni pour ni contre la non-scolarisation. “Cela dépend vraiment de l’enfant, de la famille et du système de soutien en place.”
Comme le dit Bagley, la différence entre une liberté saine et une négligence néfaste se résume à une seule chose : les soins. “Lorsqu’ils appellent à l’aide du haut d’un toboggan d’un terrain de jeu, quelqu’un arrive en courant. C’est la différence entre contrôle et soins.”
