La sortie inattendue : trouver la liberté dans une salle de rage

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Les mots de l’homme ont coupé court à mon hésitation : « Choisissez votre arme. » Au-dessus de moi, un présentoir présentait des masses, des clés et des pieds-de-biche, un inventaire brutal pour une destruction contrôlée. Mes mains tremblaient, trempées de sueur, alors que je me tenais aux côtés de mon mari, attendant notre tour dans la « salle de la rage » – un espace conçu pour libérer les émotions refoulées.

Je croyais que j’avais déjà traité ma colère, grâce à des années de thérapie et d’introspection. Mais la pièce a révélé une vérité plus profonde : mon corps s’accrochait à une rage plus réprimée que je ne le pensais, née d’un traumatisme passé et des assauts incessants d’un monde frustrant. La réalité est que de nombreux Américains atteignent leur point de rupture. Des données récentes de Pew Research montrent que près de la moitié des sondés éprouvent de la frustration, et un tiers ressentent une colère pure et simple envers le gouvernement fédéral. La hausse des coûts des soins de santé et du logement, les réductions des financements et l’érosion de droits durement acquis : voilà une recette pour la pression sociétale.

Pour beaucoup, en particulier les femmes, exprimer sa colère est conditionné par nous. Comme le souligne l’auteure Jennette McCurdy, la société attend souvent de nous que nous accommodions les autres, privilégiant la politesse plutôt que notre propre bien-être. Cette attente conduit à une dangereuse suppression des réponses émotionnelles naturelles.

La salle de rage offrait une alternative. Après avoir enfilé un équipement de protection, j’ai choisi un marteau et un maillet lourds, sentant le poids dans mes mains alors que l’adrénaline montait. La pièce elle-même était un espace austère, couvert de messages manuscrits – l’un d’eux, griffonné à l’encre rouge, ressortait : « Faites-le en colère. Faites-le en colère. »

Au moment où la porte s’est fermée et que Rage Against the Machine a retenti dans les haut-parleurs, quelque chose a changé. Au début, c’était gênant de tapoter doucement la vaisselle, de tester les limites. Mais ensuite, une envie primaire a pris le dessus. J’ai balancé le marteau, brisant le verre, le métal heurtant le métal, lâchant finalement le contrôle.

Il ne s’agit pas seulement de destruction ; il s’agit d’une libération saine. Mental Health America reconnaît que se défouler en toute sécurité – en cassant des objets ou en criant – peut être thérapeutique. Pour moi, des décennies de ressentiment ont afflué : prendre soin de ma mère après son accident, lutter contre l’infertilité et le flux constant de nouvelles dévastatrices. Tout cela s’est transformé en énergie brute.

Les encouragements de mon mari ont alimenté le feu et j’ai balancé plus fort, criant au rythme de la musique : “Putain non, je ne ferai pas ce que tu me dis !” Le but n’était pas seulement de casser des choses ; c’était pour me libérer du conditionnement qui me disait de rester silencieux, de réprimer ma colère.

En sortant, je me sentais plus léger, étrangement affamé. L’absurdité de briser des objets avait en quelque sorte soulevé un poids que je n’avais pas réalisé que je portais. Je pensais avoir déjà géré ma colère, mais la salle de rage m’a prouvé le contraire.

La clé n’est pas seulement de parler de colère en thérapie, il s’agit de la ressentir pleinement, physiquement. La salle de rage offrait une libération que je n’avais pas trouvée ailleurs, une façon de crier, de frapper, de résister et de se rebeller sans jugement. Maintenant, je sais que lorsque la colère monte, je n’hésiterai pas à la laisser faire surface – que ce soit à travers une promenade dans les bois, un cri primal dans la cuisine ou une manifestation pacifique.

Reprendre notre pouvoir commence par refuser de nous taire.